Histoire & Patrimoine d’Usson du Poitou

La vie à Usson est continue depuis l’époque néolithique. Les éléments conservés et les vestiges trouvés de façon fortuite ou lors de travaux permettent d’évoquer les différentes périodes : préhistorique, gallo-romaine et mérovingienne. Les sources écrites se multiplient à partir du Moyen Âge et précisent ce qu’était la vie ussonnaise jusqu’à nos jours.

Usson conserve de nombreux vestiges de l’époque mérovingienne. Les travaux réalisés autour de l’église à différentes époques ont permis de mettre au jour des sarcophages mérovingiens.
Une viguerie est citée à Usson au début du Xe s. La viguerie (ou vicairie) est une circonscription administrative de l’époque carolingienne. Cette mention prouve l’importance d’Usson dès cette période. Au Moyen Âge, le territoire de la paroisse correspond sensiblement à celui de la commune actuelle et la plupart des villages et hameaux existent.

Sous l’Ancien Régime, Usson est le siège d’une baronnie royale gérée par les représentants du Roi. Usson voit s’installer des administrateurs royaux : greffiers, huissiers, procureurs, sergents et juges pour rendre la justice et s’occuper de l’administration générale et de la police. Le juge royal en constitue la figure centrale et veille à la bonne gestion de l’ensemble. À cette époque, l’administration centralisée de la royauté ne cesse de progresser vis-à-vis des seigneuries qui perdent une bonne part de leur importance. Usson possède des prisons, dites prisons royales, mentionnées dès le XVe s.

Au XVIe s., Usson est touché par les guerres de Religion et par le passage d’une troupe de protestants en 1562 qui s’attaque vraisemblablement à l’église et au prieuré ainsi qu’au prieuré de la Font-Saint-Martin.

À la période révolutionnaire, Usson devient le chef-lieu d’un canton composé de cinq communes : Usson, Saint-Secondin, Saint-Martin-l’Ars, Joussé et Payroux. Mais cette période difficile laisse également des traces douloureuses. La levée de 300 000 hommes décrétée par la Convention en mars 1793 entraîne des soulèvements. À Usson, 24 hommes doivent être trouvés et aucun volontaire ne s’inscrit. Les hommes âgés de 25 à 40 ans, célibataires ou veufs sans enfants, sont convoqués. La rébellion gronde et les autorités attendent des renforts pour mater les meneurs. La troupe républicaine procède aux arrestations de treize jeunes gens. Jean-Baptiste Cuirblanc et Georges Pasqueron de Fontmervault sont condamnés à mort. La sentence est exécutée le 29 mars 1793 à Poitiers.
Cette période est aussi marquée par l’émigration de plusieurs nobles de la commune. Certaines propriétés seigneuriales, les biens du prieuré Saint-Pierre et ceux du prieuré de la Font-Saint-Martin sont vendus comme bien nationaux.

En 1801, Usson perd son titre de chef-lieu de canton au profit de Gençay. Ce XIXe s. est marqué par le développement des voies de communication, la création des écoles et le renouveau de la vie religieuse. La ligne Poitiers /Saint-Martin-l’Ars est inaugurée officiellement le 13 octobre 1895. Le transport de marchandises semble cependant commencer au moins un an plus tôt entre Gençay et Saint-Martin-l’Ars. Cette nouvelle voie de communication va bouleverser les modes de vie des habitants. La ligne ferme le 30 juin 1934 par manque de rentabilité, concurrencée par le développement des bus.

La guerre de 1870, déclarée le 19 juillet par la France à la Prusse s’achève par l’armistice du 28 janvier 1871 et par l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine à l’Allemagne. Plusieurs Ussonnais sont enrôlés et quelques-uns meurent sur le front ou des suites de maladies contractées à la guerre. Un monument commémoratif est inauguré le 2 août 1896.

Durant la Première Guerre mondiale, Usson paye un lourd tribut avec la perte de 113 soldats. Pendant cette période Usson accueille des réfugiés du nord et de l’est de la France. En 1916, des prisonniers allemands sont employés pour les travaux agricoles ou la réfection des chemins.
La chapelle de la Paillerie sert d’hôpital militaire pour les soldats français blessés et en convalescence. Le monument aux morts, inauguré le 24 septembre 1922, est érigé sur la place des halles, qui disparaissent à cette occasion !

La période de la Seconde Guerre mondiale est marquée par l’accueil d’habitants de l’est de la France. 600 personnes des communes de Folschviller (principalement), Dourd’hal, Hellering, Hombourg-Bas et Merlebach arrivent à Usson le 6 septembre 1939, réparties dans le bourg et les hameaux de la commune. Elles repartent d’Usson le 18 juin 1940. Des liens d’amitiés ont perduré : Folschviller et Usson du Poitou sont désormais communes jumelles.
Le 24 juin 1940 les troupes allemandes sont aux portes d’Usson et un combat s’engage contre les sections françaises présentes. L’armistice signé, Usson est occupé par les troupes allemandes pendant un mois avant d’être scindé en deux par la ligne de démarcation (supprimée en en février 1943).
La résistance s’organise autour d’Élise Arlot, appelée « maman Lise ». En août 1944 plusieurs combats touchent Usson et les communes voisines. Un médecin d’Usson, Paul Rogeon, crée un hôpital au château de l’Épine. Après la libération, plusieurs prisonniers allemands restent à Usson jusqu’en octobre 1947. La Seconde Guerre aura fait une vingtaine de morts à Usson.

Le Patrimoine ussonnais

L’église Saint-Pierre

Les nombreux sarcophages mérovingiens trouvés autour de l’église attestent de la présence d’une communauté chrétienne dès cette époque (VIe-VIIIe s.). L’église est mentionnée pour la première fois vers 1080. À cette époque, elle est donnée aux moines de l’abbaye Saint-Cyprien de Poitiers.
Un prieuré est alors constitué et coexiste avec la cure jusqu’à la Révolution. En 1304, le prieuré reçoit la visite de Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, élu pape peu après sous le nom de Clément V.
Au cours des XIVe-XVe s., dans le contexte d’insécurité de la guerre de Cent Ans, l’église est fortifiée. Suivent des agrandissements et des restaurations de la fin du XVe s. jusqu’au XIXe s.
Les dernières restaurations, achevées en 2000, ont permis de valoriser cet édifice. L’église est classée monument historique depuis le 13 décembre 1907.
L’édifice présente un plan en forme de croix latine. Il se compose d’une nef de quatre travées, à trois vaisseaux, coupée d’un transept dont les bras sont greffés d’absidioles. L’ensemble s’achève par une abside hémicirculaire. Chœur, transept, nef et clocher relèvent essentiellement de la période romane Au XIIe s., la façade et la première travée sont reprises en pierre de taille et le décor sculpté s’y développe plus largement. Le collatéral sud, reconstruit à la fin du XVe s. ou au début du XVIe s., présente des voûtes gothiques.
Sur le côté sud de la nef, une chapelle dédiée à l’origine à saint Roch rappelle la dévotion importante à ce saint au cours des XVI-XIXe s. Au nord, les bâtiments du prieuré complétaient l’ensemble.

Le prieuré de la Font-Saint Martin

Situé dans le village appelé aujourd’hui la Fond d’Usson, le prieuré, dépendant de l’abbaye de Fontevraud, est fondé au XIIe s. Dans cet ordre mixte, les religieux sont placés sous l’autorité de l’abbesse au sein de la maison mère, ou de la prieure dans les prieurés. À Usson, les religieuses étaient implantées à la Font, et les religieux au prieuré de l’Habit.
Le prieuré est mis à mal en 1562 lors du passage d’une troupe de protestants. À partir de cette époque les religieuses quittent le site et confient la gestion des biens à des fermiers. L’ordre est supprimé à la Révolution en 1792. La seigneurie de la Font est vendue comme bien national.
AU XIXe s. la piété populaire maintient une pratique religieuse sur le site. Deux oratoires sont installés dans l’ancien chœur de l’église et sont consacrés au culte de sainte Néomaye. Le jour de sa fête, le 14 janvier, des pèlerins et fidèles venaient prier la sainte ; on lui demandait notamment de protéger le bétail et plus particulièrement les troupeaux de moutons. Ces pratiques se sont éteintes progressivement dans la première moitié du XXe s.

Cité de Pluvilliers

La Cité Pluvillière

Cette petite cité ouvrière est le fruit de l’initiative de Joseph Blondet de Pluvillière.
Ce dernier en trace les rues et vend les parcelles constructibles à des ouvriers d’Usson à des prix intéressants. En échange les acquéreurs doivent respecter le règlement intérieur de la cité. Les maisons doivent être tracées en droite ligne le long des rues, les ouvertures et les angles des maisons doivent être en pierre de taille, le propriétaire doit entretenir la moitié de la rue sur la largeur de sa maison. Le besoin de valoriser le calcaire de grande qualité des carrières du pays expliquerait aussi le désir des édiles de retenir sur la commune, des artisans compétents en leur proposant de bonnes conditions de vie, un logement et un petit jardin.
En 1873, ce quartier comptait dix-sept maisons et Joseph Blondet de Pluvillière transmet tous ses droits à la commune d’Usson du Poitou, qui entretient et valorise la cité dans le respect de son architecture et son histoire.

Les Moulins

Au Moyen Âge les seigneurs jouissaient du privilège de la banalité. Les habitants devaient moudre leur grain au moulin banal, en payant un droit défini par la coutume. Le seigneur devait quant à lui construire et entretenir le moulin. Le moulin pouvait ensuite être laissé à un tenancier qui devait une rente annuelle au seigneur. Ce système semble se développer à Usson au cours du XVIIe s. Le privilège seigneurial disparaît ensuite à la Révolution.

  • Le moulin à eau d’Azac est cité au début du XVe s. Il est dit à deux roues depuis le XVIIe s. En 1813, il est précisé qu’une roue est destinée au froment et l’autre à la mouture. Le moulin existe toujours mais n’a plus de roues. Le moulin à vent d’Azac remonte, lui, probablement au XIXe s. Il a aujourd’hui perdu ses ailes et sa toiture en poivrière mais conserve une partie du mécanisme intérieur.
  • Le moulin de la Plaine apparaît dans les textes en 1362 en même temps que le village du même nom. Dans les années 1750, le moulin dépendait du prieuré d’Usson ; un texte de 1760 le signale en ruines. Il reste aujourd’hui quelques pans de murs.
  • Le moulin du pont est cité dans un texte de 1630. Il se situe à l’entrée du bourg sur les rives de la Clouère. Avant la Révolution, il relevait en partie du prieuré d’Usson. Ce moulin a fermé ses portes en juin 1967. Le bief, encore visible sur une carte postale ancienne, a été remblayé.
  • Le moulin à Tan est cité en 1336 et semble dépendre de la seigneurie de la Grande Épine. S’il servait peut-être à l’origine à broyer l’écorce de chêne servant au tannage, il devient un moulin à farine au plus tard au XVIIIe s. Au début du XXe s., il devient une huilerie et son activité cesse en 1969.
  • Le moulin de Busseroux est cité en 1632 et relève du château du même nom. Il comporte alors deux roues. Il fonctionnait encore dans les années 1820. Transformé en habitation, le moulin existe toujours mais n’a plus ses roues.
  • Le moulin de l’Épine est cité en 1408. En 1566 les textes se précisent et évoquent le moulin de la Petite-Épine. Il semble fonctionner jusque dans les années 1830.
  • Le moulin neuf : première mention en 1460. En 1771 on évoque les mazures du moulin.
  • Le moulin de la Guéronnière est cité en 1668.

Les Pigeonniers

Comme pour le moulin et le four, le droit de posséder un pigeonnier est un privilège seigneurial qui disparaît à la Révolution. Même si les règles varient d’une province à une autre, il existe toujours une relation entre le rang du seigneur propriétaire, la grandeur du domaine et le nombre de boulins (niche accueillant les pigeons). Plus le domaine est important, plus le nombre de boulins est grand. Chaque niche correspondait plus ou moins à un arpent de terrain. L’élevage de pigeons présentait plusieurs avantages : apport alimentaire important et récupération de la colombine qui servait d’engrais.
À Usson deux sortes de constructions se rencontrent : les colombiers à pied uniquement réservés aux pigeons et les édifices à étages.
La présence de nombreux fiefs à Usson explique le nombre important de pigeonniers.

Ci-contre : le pigeonnier d’Artron

four a pain

Les Fours à pain

Avant la Révolution, chacun devait cuire son pain dans les fours banaux et payer une redevance au seigneur du lieu ou à son fermier. Après l’abolition des privilèges et des banalités, de nombreuses fermes se sont dotées de fours à pain. En 1844, un tableau statistique est établi à la demande du préfet, on dénombre alors 150 fours à Usson !
Plus d’une trentaine sont encore debout. Celui du prieuré, accolé au côté nord de l’église, fonctionne toujours lors de manifestations ponctuelles.

Ci-contre : Four à pain d’Épagné, photo reprise du Guide « Laissez-vous conter Usson »

Lavoir Usson

Le Lavoir

En 1872, la municipalité décide la construction d’un nouveau lavoir sur la Clouère pour remplacer un autre plus ancien, détruit lors de la reconstruction du pont. Il est ensuite reconstruit en 1924.

Pont d'Artron Usson

Le Pont d’Artron

La date de construction de ce pont n’est pas connue. Il est mentionné comme « ruiné » au milieu du XVIIIe s., ce qui explique sûrement pourquoi il n’apparaît pas sur le cadastre de 1812. Il a été restauré aux XIXe et XXe s. et donne beaucoup de charme à la traversée de la Clouère.

Quelques réalisations du XXe s.

Plusieurs initiatives municipales ont permis de maintenir un dynamisme au sein de la commune : groupe de logements HLM en 1975, installation d’un « village-retraite » en 1984, résidence de la Nougeraie en 1989, création des jardins du prieuré ou « théâtre de verdure » en 1998 et Les jardins de la Clouère en 2000.

Sources : Laissez-vous conter Usson-du-Poitou (Villes et Pays d’art et d’histoire – Pays Montmorillonnais, 2014) de Béatrice Guyonnet.

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